Dossier pédagogique

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LA DRAMATURGIE DU SPECTACLE

Les contes

Le Chaperon Rouge, Le Petit Poucet, Blanche Neige, Peau d’Âne, Tom Pouce. Ils ont en commun la triple caractéristique d’être issu des transmissions orales (destinés alors à un large public), d’avoir été la matière première de la littérature enfantine (dès le XIIème siècle) et de continuer à nourrir l’imaginaire contemporain dans des formes très diverses.
Je mène un travail de recherche pour chaque conte (plus de 50 versions d’origines géographiques les plus large possibles). Ces versions mettent en évidence la dimension initiatique et intergénérationnelle de ces récits : Le Chaperon Rouge évoque la métamorphose d’une jeune fille en femme, le Petit Poucet et Tom Pouce la possibilité pour les plus petits/faibles d’accomplir des exploits, Blanche Neige et Peau d’Âne la nécessité de s’affranchir de l’histoire familiale quand elle est une menace.
A partir de ce matériau j’élabore des trames qui sont le support de l’écriture en scène. Chaque spectacle est l’occasion d’une écriture nouvelle et produit une version unique et éphémère de chaque conte. Ils sont transmis au plus près des faits et de l’action sans dimension psychologique ni jugement moral. Je ne suis pas l’auteur mais le passeur, mon opinion sur les personnages ou les événements n’a pas lieu d’être.

La musique

La musique de Stracho Temelkovski, raconte le temps qui passe, s’accélère, s’arrête, le temps perdu et le temps qu’il faut. Elle raconte aussi l’espace, minuscule, de nos vies et immense, de nos rêves. Tout comme la parole, sa musique s’écrit dans l’instant et crée les paysages, les visages et les saisons. Elle accompagne, suscite, accélère, ralentit, incarne le mouvement.

La poésie et la collecte

Ces deux formes sont aussi issues ou en lien direct avec la littérature orale.
Les poésies (poésie Jâhilite, composition personnelle) sont l’expression décalée du « je », la possibilité dans la langue d’atteindre le pluriel des expériences sensibles.
La collecte a été  réalisée dans le cadre du projet Culture et Santé dans 5 unités (gérontologie et handicap) de l’hôpital  de Saint Laurent du pont. Elle est le fruit des rencontres avec les résidents et le personnel ayant souhaité répondre à la question que pose le titre de ce spectacle. Leurs réponses sont autant de regards singuliers et poétiques sur leur perception du monde et en particulier de la souffrance.

Ces trois formes se tissent, se mêlent, s’interpellent dans leur langue jusqu’à composer une partition éphémère.

LA SCÉNOGRAPHIE

Ma relation à la matière et à la scène fait que chaque représentation de ce spectacle est différente. La scénographie est le fruit de la conjonction sensible et aléatoire de l’ensemble des éléments de la dramaturgie.

J’écris les contes en scène, il s’agit de donner à percevoir leur atemporalité. Pour moi cela implique de « devenir », sans cesse et sans délai, tout ce que je raconte : une femme en mal d’enfant, un homme qui accompagne sa femme à la mort, un loup qui n’a pas faim mais qui veut savoir où se rend sa prochaine proie, le plus jeune des 7 garçons de la famille qui entend que ses parents vont les perdre dans la forêt… Je ne joue pas les personnages, je deviens un instant, l’instant de leur vie qui les contient tout entier. Et déjà l’instant suivant du conte est là, impératif : un enfant en pâte à pain qui sent qu’il est en vie dans la douce chaleur du four, une jeune fille qui arrive chez sa grand-mère et qui a faim, un père qui réveille ses enfants très tôt le matin pour les emmener dans la forêt…

La scène est le lieu de la métabole permanente où se déroule l’action, où s’incarne le personnage où se réitèrent singulièrement et à l’infini les possibilités d’être au monde. C’est le lieu de l’expérience.

La musique est l’oxygène de cette expérience, elle est partout à la fois : dans le corps de la conteuse, dans l’action qui se déroule. Stracho Temelkovski immobile incarne le mouvement permanent, celui de la parole et du silence, celui du rêve en marche.

La dramaturgie de ce spectacle autorise et encourage la participation active des spectateurs.
Le spectateur peut s’exprimer de différentes manières : spontanément, en réponse ou par mimétisme.
La présence, l’évolution, la nature et l’adaptation de l’ensemble de ces réactions témoignent d’une appropriation du récit par le spectateur.
Toutes ces formes de manifestations caractérisent la nature même de l’oralité : elle engage chacun dans un rapport à l’autre, aux autres.

AVANT LE SPECTACLE

En amont de tout spectacle, le fait se questionner, d’évaluer les éléments, avec les enfants, qui permettent d’appréhender,  de « se faire une idée » de ce que l’on va voir, permet de créer un contexte de mobilisation de qualité. Après le spectacle mesurer les écarts entre « ce que l’on a imaginé et ce que l’on a vu » permet de commencer à comprendre le processus créatif des artistes en présence.

Vous pouvez étudier les documents de présentation du spectacle (affiches/ dossier de presse). Ils permettent de formuler des hypothèses sur ce que l’on va voir. Que disent le titre, le graphisme (lignes, formes, couleurs, format,…) de l’affiche.  À quoi sert le dossier de presse?  Quel est son contenu ?

L’enseignant peut  lire ou conter aux élèves une ou deux versions des contes présentés dans le spectacle (cf. bibliographie afin d’aborder la diversité et la multiplicité des contes et à partir de la expliquer la notion de variabilité : un conte a une multitude de versions et le conteur en compose une nouvelle à chaque prestation. Ces répertoires de transmission orale nous sont parvenus grâce au travail de collectage réalisé par des anthropologues, ethnologues, écrivains, folkloristes depuis le XVIIème siècle.

Vous pouvez aussi expliquer la notion de littérature orale : antérieurement et parallèlement à la littérature écrite il existe un ensemble d’œuvres transmises oralement constituant des répertoires spécifiques aux cultures et possédant des structures communes à une grande partie de l’humanité. Les contes sont classés  au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Nous reviendrons sur cette notion de collectage dans les pistes de travail « après le spectacle ».

Dans un esprit de participation, demander aux élèves ce qu’ils connaissent de ces contes, lister l’ensemble des réponses quel que soit le support (cinéma, publicité, littérature…) comme autant de témoins de l’intertextualité de cette matière. Cette intertextualité met en évidence les dimensions intergénérationnelles et initiatiques du conte (cf. dossier iconographique et bibliographie).

PENDANT LE SPECTACLE

La participation active du spectateur est une proposition artistique de Nathalie Thomas: chacun est libre de se l’approprier à sa manière.
Le spectateur peut s’exprimer de différentes manières : spontanément, en réponse ou par mimétisme.
L’observation des réactions en début, en cours, en fin de spectacle  permet de mesurer les capacités de concentration, d’implication et d’abstraction. La présence, l’évolution, la nature et l’adaptation de l’ensemble de ces réactions témoignent d’une appropriation du récit par le spectateur.
L’enseignant fait parti des spectateurs et il  reste un référent: les enfants vérifient son attention, observent fréquemment ses réactions, cherchent parfois à conforter leurs ressentis avec le sien par des regards, des rires complices…
Toutes ces formes de manifestations caractérisent la nature même de l’oralité : elle engage chacun dans un rapport à l’autre.

APRES LE SPECTACLE
LAISSER MÛRIR, RÉAGIR, ÉCHANGER, VÉRIFIER OU INFIRMER LES HYPOTHÈSES, ANALYSER, APPRÉCIER, CRITIQUER…

L’expérience étant avant tout individuelle, une confrontation  collective trop rapide,  uniformiserait et appauvrirait la richesse des sensations éprouvées.

Dans un premier temps, il s’agit simplement de recueillir les impressions ressenties par chacun, sans hiérarchie ni exclusion : celui qui rêve a toujours raison.

  •  Objectifs : s’exprimer de diverses manières, nourrir et « structurer » son imaginaire.

Trois modes d’approche sont possibles : sensible, analytique, par le contexte. Il n’y a pas de hiérarchie dans la façon de les aborder.

Une approche sensible

Elle permet l’expression des émotions : les élèves livrent leurs émotions de façon globale et spontanée par la verbalisation. Ils confrontent leurs opinions, leurs points de vue, argumentent. Cette approche qui relève du jugement subjectif nous paraît incontournable, mais elle doit à notre sens s’inscrire dans le temps.

Quelques pistes de travail :

  • Un moment du spectacle qui m’a marqué, questionné, surpris.
  • Dessiner le moment préféré, fort, dont je me souviens le plus.
  • Quel personnage, j’aurais aimé être, ne pas être ?
  • Lister individuellement les temps forts du spectacle.
  • Autres propositions :
    • Proposer un autre titre au spectacle.
    • A partir d’un moment précis d’un conte, d’une poésie  les élèves constituent spontanément et collectivement à l’oral une liste de mots associés à la situation.
    • Réaliser des dessins à partir d’un conte, d’une poésie du spectacle.
    • Les titres, les mots, les dessins sont affichés et vont participer, par leur diversité, à la construction de l’imaginaire collectif.

Une approche analytique

Elle permet de travailler sur  les processus de création du spectacle, d’identifier les composants et leurs relations. Les élèves repèrent les moyens et /ou  les chemins utilisés par les artistes (mots, expressions, sons, musiques, relation à l’espace, à la durée). Ils constituent des références pour comprendre (des « clefs »), pour comparer, pour vérifier ou infirmer les hypothèses, pour apprécier, critiquer. Cette approche s’appuie sur des éléments plus raisonnés, plus objectifs. Elle peut se faire oralement et permet d’entrer aisément dans la matière du conte.

 Quelques  pistes:

  • Comparer différentes versions d’un des contes présenté au cours du spectacle : en tirer le schéma narratif, la structure et les épisodes des contes.
  • Qualifier l’univers sonore (musique et parole): les sons, les rythmes, le volume, le silence,  les voix.
  • Évoquer les personnages et leur environnement : l’évolution de leur  situation, leurs actions.
  • Analyser les places et rôles des artistes et de la lumière dans le spectacle. Par exemple comment les objets, les lieux et la durée dans les contes sont suggérés par la conteuse, le musicien et les lumières.

Les prolongements de cette analyse :

  • La transmission : sans chercher obligatoirement à créer un spectacle, on peut instituer  un temps de parole pour dire : un extrait, un conte, une poésie, un récit.
  • La transformation : raconter un conte ou un extrait dans un contexte différent (historique, géographique).
  • Collecter les réponses que les enfants  apportent au titre du spectacle.
  • A partir des poésies du spectacle, les enfants peuvent en composer une sur le même schéma. Par exemple : créer un personnage de fée, lui inventer une expérience très dangereuse, et  lui faire réaliser son rêve.

Une approche par le contexte

Elle permet de travailler sur  la culture de façon générale, qu’est-ce qui a permis ce processus de création ? Elle permet de constituer des références culturelles communes.

Inductions : à partir d’images (photos, illustrations, tableaux, publicités)  ayant un rapport avec un des contes du spectacle, inciter les enfants à échanger, à élaborer une autre version.

Evaluer les compétences de l’élève en tant que spectateur

Quelques pistes :

Compétence concernant l’attitude :

  • Les critères et indicateurs sont connus des élèves
  • Les critères et indicateurs peuvent être élaborés avec les élèves (dans le cadre de la charte du spectateur)

Compétences concernant le spectateur:
Deux modes d’approche ont été retenus:

  • Sensible (expression de la  » pensée divergente »)
  • Analytique ( structuration de la » pensée convergente »)

 Exemples de compétences du spectateur pouvant être spécifiées en  niveaux permettant le positionnement des élèves.

REMARQUE : Les exemples de compétences proposées doivent être considérés comme des repères pour l’enseignant et pour les élèves, une matière à retravailler. A ce titre elles peuvent être simplifiées, transformées, reconstituées pour s’adapter à la classe.

Les compétences une fois redéfinies, font l’objet d’une présentation auprès des élèves voire d’une négociation avec eux, pour une appropriation.

Tableau de synthèse dossier pédagogique

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