La littérature orale en scène

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Les contes issus des littératures orales sont les fruits d’une imagination et d’une mémoire collective ancienne. Pour chacun il existe plusieurs versions qui  ont très souvent le même contenu minimum  que j’appelle : noyau dur. Ce noyau dur est une trace du «commun » de l’aventure humaine.  La plupart des contes issus des littératures orales ont une dimension initiatique : ils s’attachent aux questions existentielles, à l’aventure d’être humain : naître, aimer, grandir, se séparer, avoir ou non des enfants, nourrir sa famille, perdre, quitter, abandonner, mourir… à toutes ces dimensions les contes n’apportent ni réponse, ni morale. Ils nous invitent à les explorer dans une distorsion du réel  jusqu’à nous donner à percevoir l’effrayant, l’impensable, l’insolite nous engageant ainsi dans une expérience périlleuse et  sans danger… penser, se penser différemment, ailleurs, un autre jour et éprouver l’instant de l’inconnu en nous. Ils nous invitent à penser notre aventure au-delà des possibles, à dépasser nos limites dans un espace imaginaire et collectif: rêver éveillé et vivre ensemble cette expérience.

En scène : Conter ce sont des mots mais aussi tout ce qui se dit à travers le corps, le visage, les expressions, le mouvement ou l’immobilité. Je travaille avec des musiciens pour construire  une langue commune en scène composée de la musique, de la parole et des corps dans l’espace. Lorsque je travaille sur la dimension du noyau dur, c’est d’abord une aventure physique. L’absence d’écriture et d’auteur permet de se dégager des contingences psychologiques et morales, de l’opinion. On est dans l’action et je suis alors en métabole c’est-à-dire que je « deviens » sans cesse tout ce que je raconte (personnages et situations). Rien ne sert de multiplier le langage des mots ; il doit être au minimum afin qu’on se désaccorde le moins possible. Parce le conte est une forme simple, aux multiples origines, il est important de penser de la manière la plus universelle possible. Dans cette économie de mots il y a la possibilité d’une immense ouverture aux publics quelque soit l’âge, la langue maternelle, la culture.

Nathalie THOMAS


 » Ensemble de récits et de fictions semi-fixés, anonymes, transmis oralement, variables dans leur forme mais pas dans leurs fonds.

La littérature orale conforte l’identité propre à une culture ou une communauté. Elle pose des questions universelles.
Elle peut être considérée comme la partie de la tradition qui est mise en forme selon un code propre à chaque société et à chaque langue, en référence à un fonds culturel. Elle véhicule aussi bien l’histoire du groupe que ses croyances, ses représentations symboliques, ses modèles culturels ou sa vision du monde naturel. Fortement imprégnée de valeurs spécifiques de la société, elle sert souvent de base à l’enseignement traditionnel.
En posant sous une forme symbolique des problèmes communs à toutes les sociétés humaines (explication du monde, relations entre les membres du groupe familial, etc…), la littérature orale se prête au comparatisme.

La littérature orale, dans son cadre traditionnel vise à la permanence, à la stabilité, à la fidélité. Elle n’est pas censée inventer mais reproduire. Ce souci de permanence va cependant de pair avec une variabilité de fait qui s’explique par des mutations historiques et sociales aussi bien que par une relative création individuelle. Celle-ci reste généralement cantonnée au domaine de la forme, on brode sur des thèmes connus en puisant dans un fonds commun d’images et de formules. Cependant, la variabilité peut parfois atteindre le sens. « 

Source : www.euroconte.org